Quand « je » dit « je suis libre », c’est un aveu d’emprisonnement, une expression du moi qui clame ses propres limites. L’outil qu’est la pensée, comme toute autre composante de l’Être, doit être exercé par la pratique, sa propre chimie rencontrant celle du corps avant de s’y confondre. Tant que la pensée domine nos autres fonctions, le Yoga mène à une reformulation du Moi, il n’est pas libérateur. Cet espace, « Ashtanga Sadhaka » est un partage d’expérience, une invitation à réfléchir ensemble, dans la tentative d’aligner harmonieusement notre pratique du Yoga avec les autres aspects de notre existence.

Éditons

Le Yoga est d’abord un état, et rien d’autre. Lorsqu’on « pratique le Yoga », on est à la recherche de cet état. Communément on appelle Yoga ce qui est en fait « abhyasa », la méthode. Il existe des centaines de différentes traditions de Yoga, et une infinité de techniques.

Je pratique l’Ashtanga Vinyasa Yoga, et d’autres aspects du Yoga tantrique pour une étude globale.

J’aimerais que par ce blog, nous créions ensemble un réel lieu de pratique, en utilisant communément l’outil « pensée ». La proposition est de ne rien croire, et de tout questionner. Le scepticisme ne doit pas pour autant devenir un nouveau positionnement, il s’agit d’autre chose. Si la connaissance est illusion (maya), nous pouvons considérer deux sortes d’illusions, l’illusion d’ ignorance (maya avidhya), qui maintient la pensée dans la connaissance culturelle, et l’illusion de Connaissance (maya vidhya), qui nous rapproche de notre état naturel.

Ainsi soyez bienvenue, bienvenu, par votre lecture, vos commentaires et vos questions, qui feront  vivre cette recherche. Vous pouvez m’adresser toute correspondance directement par e-mail à info à arjuna-shala.com, ou utiliser le lien « Commentaire » en bas des différents articles.

De la confusion à la fusion

Une parole zen très populaire dit que lorsque le sage montre la lune du doigt, l’ignorant regarde le doigt. Qui a compris de quoi il s’agit ?

Toute démarche de recherche, praxis, religions, arts, philosophies, … utilise une pédagogie. A l’origine ces techniques ont pour objet de nous relier à ce que l’on appelle, selon le contexte, l’Absolu, la Conscience universelle, la Connaissance, ou Dieu. Très souvent nous nous identifions à ces démarches, en faisant un nouveau mode de vie, ou un nouvel art de vivre. C’est ça, regarder le doigt qui pointe la lune.

Le Yoga n’est pas un art de vivre. C’est un positionnement intérieur, une attitude mentale. Dès qu’on prend le Yoga, ou une autre voie, pour quelque chose de fondamentalement plus juste, nous nous séparons de ceux qui ne suivent pas la même voie, et produisons de nouveaux attachements. C’est de l’aspect doctrinal ou dogmatique de toute démarche dont il est question. Imaginez que les grandes religions s’affranchissent des barrières culturelles et morales qui les séparent, et mettent en œuvre le prétendu message d’amour qu’elles revendiquent… ne serait-ce pas un magnifique passage à l’acte ?

Je vous propose de considérer toutes les techniques du Yoga comme le doigt du dit sage. Il n’aimerait pas que vous vous attachiez à ce doigt, c’est le sien, mais il le pointera vers la lune jusqu’à ce que vous la voyiez.

(Inspiré du Yoga sutra de Patanjali I-12)

De la posture à l’imposture

L’Ashtanga Yoga est l’une des multiples écoles de Hatha-Yoga ; sa spécificité est la technique qu’on appelle « pranasana », quand différents outils de concentration sont associés aux postures. Certes ses effets sont puissants, et nous transforment. Toutefois, qu’il s’agisse de Sri K. Pattabhi Jois (1915-2009), chef de file de l’Ashtanga Yoga, ou des textes traditionnels du Yoga, tout le monde s’accorde à dire qu’effectuer des postures, même avec cette méthode, ne suffit pas.

La trop célèbre citation de Jois, qui parlait très peu anglais, « practice and all is coming », soit « pratiquez et tout viendra », a été vidée de son sens, et a réduit la pratique de l’Ashtanga Yoga à des séries de postures. En 2006, lors de sa venue en France à Aix-les-Bains, Pattabhi Jois, répondant à la question d’une élève, affirma que le chant des mantras et la méditation assise, par exemple, étaient  nécessaires dans le cadre d’une étude investie du Yoga. Pattabhi ne souhaitait pas que l’Ashtanga Yoga soit modifié ou mélangé à d’autres styles, aussi avait-il une certaine autorité concernant la diffusion de son enseignement. Beaucoup de pratiquants ont déformé ses propos, et prétendent qu’1h30 de postures par jour représente une étude complète. Ce n’est pourtant pas ce que disait Pattabhi Jois, et ce n’est pas ce que disent les textes anciens du Yoga.

Si vous aimez l’Ashtanga Yoga, je vous invite à pratiquer différents kriyas et pranayamas, et à étudier la philosophie. Étudier deviendra  une pratique à part entière, et il me semble que c’est ce que voulait dire Pattabhi Jois, pratiquez le Yoga, sous tous ses aspects, et alors tout viendra (peut-être). Ces différents aspects du Yoga sont le liant nécessaire pour d’abord comprendre, puis vivre pleinement l’enseignement.

Les brahmanes tombent !

Sri K. Pattabhi Jois était un brahmane, orthodoxe comme la plupart des brahmanes, et qui n’enseignait le Yoga qu’à d’autres indiens brahmanes jusqu’aux années 70. Ses premiers élèves non brahmanes ont été des américains (et un belge, André Van Lysbeth) , qui payaient les cours de Yoga beaucoup plus cher que les élèves indiens. Il ne s’agit pas de porter un jugement sur Pattabhi Jois, mais de comprendre dans quelles conditions la transmission s’est effectuée.

Plus tard, quand les élèves étrangers vinrent très nombreux à Mysore, Pattabhi se fit assister  dans l’enseignement par sa fille Sarasvati et son petit-fils Sharat. Plutôt que de se faire aider d’assistants plus nombreux, ou plus expérimentés, Pattabhi ne s’est jamais entouré que de sa famille, ce qui est aussi un signe d’orthodoxie.

Une vieille habitude indienne est d’accepter de divulguer un enseignement à des « impurs », mais de ne pas leur en donner l’essence. C’est sans doute ce qui a conduit l’enseignement de Sri K. Pattabhi Jois, qui a été très généreux mais aussi très partiel dans ce qu’il a transmis.

Il se dit aussi que la plupart des élèves d’alors n’étaient pas forcément intéressés par la dimension intérieure, ou philosophique, de la pratique. Quelles que soient les raisons réelles qui ont conduit cet enseignement, il aura été en même temps très généreux et très restreint, Pattabhi Jois omettant certains aspects fondamentaux du Yoga, qu’il connaissait pourtant très bien.

Blind taste

Un des principaux écueils sur la voie du Yoga est l’identification à la pratique, autrement dit la pratique sans détachement. On s’érige alors de nouvelles valeurs, non violence, végétarisme, indianisme, … Cela revient à refaire la décoration quand le Yoga nous invite à déménager (ou à devenir SDF!).

Ainsi de nombreux pratiquants se créent-ils de nouvelles entraves, dont le Yoga voudrait nous  libérer. Ces entraves consistent en général à reproduire aveuglément ce qu’on sait, ou croit savoir, du Yoga.

La démarche qu’a eue Pattabhi Jois était compréhensible, dans son contexte. De là à imiter, certains comportements, sans les questionner, à des milliers de kilomètres de Mysore… Cela participe davantage de la névrose que de la démarche libre.

L’autorité de Pattabhi Jois avait une légitimité, c’est grâce à elle si l’Ashtanga Yoga s’est répandu de manière uniforme dans le monde entier. Mais désormais, il faut considérer les différentes approches pédagogiques, tant qu’elles aident les élèves et ne dénaturent pas la pratique.

Bandha part

La fonction des bandhas et drishtis est rarement comprise.

Jalandara bandha est une des bases du Hatha Yoga. Très simplement, quand la tête est droite ou levée, l’air afflue et s’engouffre dans la gorge. Quand le menton est légèrement penché, le contrôle du flux de l’air est alors plus aisé, la pression diminue derrière les yeux, un voile semble se déposer derrière le front, la pratique est alors propice à l’intériorité.

Sur les photos de Sri T. Krishnamacharya et celles de Pattabhi Jois, les postures de flexion vers l’avant sont pratiquées avec Jalandara bandha, dos légèrement arrondi, menton à la gorge. Plus tard, Patthabi Jois a modifié ces postures, demandant de regarder vers les orteils.

Peut-être les élèves occidentaux s’étranglaient-ils dans leurs épaules raides en pratiquant Jalandara bandha… Ou peut-être Pattabhi Jois a-t-il souhaité dénuer la pratique de cette propension aux états d’intériorité. En tout cas faites le test, même en position assise ou debout, respirez menton levé, puis abaissé. Lorsque le menton est incliné, la pratique est moins volontaire et plus intérieure. Plutôt que pratiquer en étirant la tête en avant, je vous encourage à étudier auprès d’un enseignant qualifié l’alignement du buste, pour incorporer ensuite à votre pratique bandhas et drishtis plus correctement.

Sers-je yama ?

Les yamas et niyamas, premier et deuxième piliers de l’Ashtanga Yoga selon les Yoga sutras de Patanjali, ne sont pas un code éthique. Certaines traductions ou certains commentaires le prétendent, mais cela a surtout à voir avec la culture des traducteurs et des commentateurs, et non avec la nature du Yoga.

Le Yoga ne parle jamais d’événements, ni d’expériences. Le Yoga ne s’intéresse qu’aux états. C’est de cela qu’il s’agit, ahimsa n’est pas une recherche de non-violence selon notre conception du moment sur la non-violence. Il s’agit de l’état pacifié inhérent à notre nature d’Être. Satya n’a rien à voir avec notre capacité à mentir ou dire la « vérité » ; il s’agit de l’État véridique inhérent à nos cellules.

Celles et ceux qui prétendent appliquer les yamas et niyamas à leur quotidien sont en pleine contradiction. Une morale dépend toujours d’une référence, quelle serait alors la référence applicable au Yoga ?

Le soufflé des dieux

Non ce n’est pas une faute de frappe, mais une boutade sur le véritable titre du film « Le souffle des dieux », que j’ai vu ce matin.

Ce documentaire compile des images anciennes de l’enseignement du Yoga par Krishnamacharya, et des scènes de reportage récentes présentant des interviews de la famille et des élèves du maître.

Pourtant, une part fondamentale de l’enseignement du Yoga est totalement occultée. Krishnamacharya était un grand mystique, les ouvrages qu’il a écrit en témoignent. Le documentaire ne parle que des aspects d’équilibre physique et mental de la pratique, alors que l’étude de Krishnamacharya avait été essentiellement philosophique et mystique. Par mystique, entendons les aspects non quantifiables, ou non encore décryptés, de la science physique. Je parle des expériences intérieures fortes, accompagnant la démarche de Réalisation spirituelle. Les textes anciens ne parlent que de ça. Les auteurs modernes ne s’intéressent eux aussi qu’à cette dimension. Cependant de plus en plus d’enseignants de Yoga déplorent cette présence dans les livres d’une vérité qui leur échappe.

A la fin de ce film, le soufflé des dieux était pour moi un peu retombé, j’étais touché d’avoir revu les visages des grands enseignants qui nous ont légué cette pratique, mais déçu qu’il manque un point de vue nouveau sur l’Ashtanga Yoga.

Quelques heures après la projection, j’ai repensé à l’interview de Sri T.K.Sribhashyam, l’un des fils de Krishnamacharya. Il se pourrait qu’il nous ait livré un beau secret, que je vous laisserai découvrir. Je comprends à présent qu’un être d’exception comme Krishnamacharya n’ait pas pu nous léguer une coquille vide.

De la méditation à la médisance

L’enseignement du Yoga ne doit pas apporter de confusion évitable. Il arrive que des élèves ou enseignants, identifiés à ce qu’ils font, critiquent ou hiérarchisent les différentes pratiques, et de ce fait, les différentes dimensions de l’Être. C’est une fois de plus la pensée duelle, celle qui par son fonctionnement conditionné a besoin d’affirmer le « moi », qui s’exprime.

Il est difficile de comprendre la direction des différentes pratiques de Yoga, d’autant que de nombreuses idées reçues et tenaces ont cours.

Je me souviens de cet adage shivaïte qui fût le premier enseignement de mon professeur de Nidrâ Yoga : « Avec la comparaison commence la violence ». Pourtant on oppose parfois « physicalité » et spiritualité. La méditation passe alors pour une noble voie d’intériorité, et la pratique posturale pour une gymnastique vaguement consciente.

Toute pratique est physique. Le corps est toujours là, nous sommes un corps.
L’assise silencieuse est une pratique souvent confondue avec la méditation. La méditation est un état que nous tentons d’atteindre par différentes techniques.

Vimala Thakar a publié un ouvrage intitulé « Le Yoga au-delà de la méditation », étude des sutras de Patanjali. Ce que l’auteur a certainement voulu nous dire par ce titre, c’est que l’état de Yoga, comme décrit dans les huit piliers (ashtanga), est au-delà de celui de méditation.

Nos facultés de perception sont modifiées par la pratique du Yoga sous tous ses aspects. Il s’agit toujours de tentatives, de recherche d’états intérieurs, de saisir la dimension cosmogonique et cosmologique qui est en toute chose.

Chaque tradition de Yoga a sa propre pédagogie, et il faut souvent pratiquer de nombreuses années pour la découvrir.

Du charisme à la carrière

J’ai parfois été impressionné par la présence de certain(e)s enseignant(e)s. En plus de la profondeur de l’enseignement, il règne parfois à leurs côtés une ambiance énergétique presque palpable, qui donne une autre dimension à la pratique.

L’enseignant(e) est souvent objet de toutes nos projections, de notre recherche de perfection ; perfection qui n’a pas de valeur universelle, mais se fonde sur des préjugés moraux et temporels. Tout ce qui est exprimé dans l’univers est œuvre de cet univers, tout est énergie. Nos représentations nous limitent, créent des attentes qui ne s’alignent pas avec certaines parts de l’Existant.

À deux reprises, alors que je partageais avec des amis cette sensation de shakti (énergie) ressentie en présence de certaines personnes, ceux-ci m’ont renvoyé au charisme dont il s’agissait. Pour moi le charisme n’était qu’une apparence, une arme innée de séduction. Mais puisque tout est énergie, c’est bien ce qui se manifeste, une énergie de conscience, de pensée, de parole, reliée à une certaine source. Le charisme, c’est la shakti qui s’exprime à travers quelqu’un.

L’enseignant(e) de Yoga n’est pas différent(e) des gens qui n’ont aucune pratique, c’est une personne ordinaire. Une pratique investie a pu opérer des changement intérieurs, mais qui souvent ne correspondent pas à nos attentes ou à nos projections. Toutefois l’expérience du Yoga peut nous faire rayonner d’une énergie qui nous dépasse, et ne nous appartient pas. Cette énergie peut être dédiée à l’enseignement, et orientée vers notre propre intériorité. Nous pouvons aussi en faire une arme de séduction, usant de ce charisme à des fins plus personnelles, nourrissant l’ego. La pratique du Yoga doit être un espace, une lumière dans nos vies. Mais ce n’est qu’un moyen, nous ne devons pas redéfinir notre existence sociale et mondaine par son biais.

Certes la pratique nous transforme, et nous donne un nouveau pouvoir. Le réel pouvoir n’est-il pas celui de ne pas le prendre, d’y renoncer ?

Ashtanga Yoga – Les huit piliers de l’état de Yoga

Les Yoga sutras de Patanjali ne sont pas un manuel pratique. L’on n’y parle d’aucune technique, ceux qui y voient la posture peu décrite, et la méditation beaucoup plus, en font une lecture superficielle. Les huit piliers nous décrivent les états dont la pratique va nous rapprocher.

Yamas et Niyamas
L’Etre en état d’unité avec les qualités inhérentes à sa nature profonde, l’état de paix, la vérité du Soi, l’honnêteté intrinsèque, la modération en tout, le désintérêt, l’état pur, la suffisance, le feu intérieur, l’observation de Soi, l’abandon à l’Absolu. Ce sont les dix Yamas et Niyamas.

Asana
L’Etre en état d’unité avec le Soi, assis en lui-même.

Pranayama
Etat d’unité avec l’énergie.

Pratyahara
Les sens tournés vers le Soi, en dehors et en dedans.

Dharana
La vision posée sur un point et

Dhyana
la vision du Tout, en même temps.

Samadhi
L’état d’unité absolue.

La pratique nous fait vivre l’expérience de ces états ; la répétition de l’expérience pourra déclencher l’état.
La plupart des techniques favorisent l’un de ces états, tout en les abordant, toujours, tous, car ils sont toujours présents, en tout. Ces piliers ne doivent pas être abordés de manière fragmentée, ni chronologique. La pratique du Yoga est la recherche de l’état de Yoga. Elle nous rapproche des qualités du Soi présentes en nous, quelle que soit la technique.

Light on Yoga (Léger sur le Yoga)

Aujourd’hui un ami a posté sur internet un article venant d’un journal web, visiblement dédié à l’Ashtanga Yoga. La présentation de l’article est malhabile, reposant sur des lieux communs erronés au sujet du Yoga. Suit une interview de Sharat Rangaswamy, rebaptisé Sharat Jois, où questions et réponses font preuve d’une ignorance manifeste concernant les Yoga sutras de Patanjali, pourtant cités en référence dans les premières lignes.

Je ne tiens pas à faire un commentaire de texte, mais si vous souhaitez connaître cet article et vous faire une opinion, je pourrai vous en donner le lien. Ma réflexion ne se limite pas à cet événement ; de manière générale, les « enseignements » qui circulent dans la communauté ashtangi sont en pleine contradiction avec la philosophie du Yoga. Visitant un monastère en Crête, j’ai vu une icône représentant Saint Michel écrasant le démon. Dans la religion chrétienne, le démon est le mal, selon les références morales édictées par cette dernière, qui n’ont rien d’universel. Cette image est certainement inspirée de la représentation de Nataraja, Shiva dansant, qui lui écrase un nain, symbole de l’ignorance. C’est ce dont parle le Yoga, vaincre l’ignorance, qui est une forme d’emprisonnement.

Déjà dénoncés dans la Baghavad Gita (II­42 à 44), les enseignements complaisants n’aident personne. Ils donnent une illusion de sécurité à des fidèles en mal d’approbation. Cette sécurité n’existe pas.

Sans être des pandits (lettrés indiens), les enseignants de Yoga doivent comprendre suffisamment ce dont il est question, afin de ne pas transmettre aux élèves leurs propres limites.

Du sanskrit au sens critique

Les textes anciens du Yoga sont en général traduits du sanskrit, et commentés par le traducteur. En comparant plusieurs versions, les traductions se révèlent parfois différentes, et les commentaires le sont presque systématiquement.

Ces traductions et commentaires ne sont là que pour alimenter notre propre réflexion, nous questionnant autant que nous instruisant. L’enseignant ne doit pas répéter ce qu’il a lu dans des ouvrages, mais au minimum le reformuler, idéalement le découvrir, d’une nouvelle manière. C’est pour cela qu’il existe autant de traditions, et autant de textes, qui par différentes approches, disent à peu près la même chose.

Actuellement la mode sociale est de tout accepter, sous prétexte d’entente et de positivisme. C’est une stagnation. C’est oublier une dimension essentielle de l’enseignement, qui consiste à (r)éveiller les consciences. Cela ne passe pas par l’approbation systématique. Il ne s’agit pas non plus de s’écharper entre coreligionnaires, mais de tenter d’involuer, personnellement et collectivement.

AYFFRI (Ashtanga Yoga Father Figure Research Institut)

(Le shala de Sri K. Pattabhi Jois s’appelait AYRI, Ashtanga Yoga Research Institut).

Depuis une douzaine d’années, j’ai suivi de nombreux stages et retraites à travers le monde, avec des enseignants d’Ashtanga Yoga très expérimentés. Ce furent en général de belles rencontres, de bons moments partagés autour de la pratique. Le Yoga, dans sa dimension de praxis, a rarement été abordé, les enseignements théoriques se limitant à la biographie de l’enseignant, ou au rappel des éternels bandhas et drishtis, parfois détaillés durant de trop longues heures.

Il n’est pas souhaitable que l’enseignant nous parle en détail de lui, de sa vie, de son étude pratique. C’est un manque de maturité qui est alors transmis, un besoin de considération ou l’aveu d’une connaissance restreinte.

De même, nombre de professeurs parlent inlassablement au nom de Sri K. Pattabhi Jois. « Pattabhi said.. », « My guru… », … Sans doute la rencontre a été forte, mais cela doit constituer une part d’intimité, source d’une détermination à se consacrer, à tendre soi-­même vers la Réalisation.

Des stances aux substances

(En réponse à un article que l’on m’a adressé par e-­mail, concernant l’ayahuasca)

Chez Patanjali (Yoga sutra IV–1), l’emploi de certaines plantes est mentionné comme moyen de modifier l’état intérieur. Il ne s’agit pas de se droguer pour vivre une réalité déformée, mais d’être plus sensible, d’améliorer la perception.

La prise de substances puissantes mène directement à des états de conscience modifiée. Dans certains contextes, il peut s’agir de pratiques à part entière, encadrées et suivies. Consommer sporadiquement ce genre de produits a l’inconvénient de laisser des souvenirs, des mémoires, qui constitueront des obstacles, sinon des blocages quand nous approcherons ces états de conscience par nous­-mêmes. Celles et ceux qui ont essayé l’ayahuasca parleront d’expériences très fortes, mais qui n’ont rien à voir avec un processus de transformation. Le Yoga ne s’intéresse pas aux expériences. Elles s’observent, comme on regarde le paysage en voyageant. Ne confondons pas expérience et réalisation.

De la messe à la promesse

Les voies de Réalisation sont une comm’union, un établissement en notre dimension universelle. Les différentes pratiques sont différents chemins, des contextes inventés pour nous mener à cette sensibilité, rien d’autre. Pourtant dans la plupart des enseignements, la voie elle-même, sa formulation, religieuse, philosophique, artistique, devient la finalité. On s’attache alors au véhicule plutôt qu’à la destination. Pour maintenir ce type de confusion, les prédicateurs et professeurs de ce mode d’enfermement doivent faire miroiter un idéal, inaccessible.

Aucun texte ancien ne dit que le Yoga est capable de nous transformer au niveau social, mondain, émotionnel, ou dans notre manière de vivre au quotidien. Il y a un grand décalage entre la formulation moderne du Yoga, et son réel potentiel.

Bien être, unité du corps et de l’esprit, maîtrise de soi… Ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Évoluant dans le “milieu spirituel” depuis une vingtaine d’années, je n’ai jamais rencontré personne qui symbolise cette forme de réalisation. Il n’y a pas d’archétype de conduite juste dans le monde, cela dépend toujours d’un point de vue, d’un référent. Le Yoga agit sur un autre plan, intérieur uniquement, et dont la vision depuis l’extérieur dépend de la sensibilité de l’observateur.

L’étude philosophique est une dimension de la pratique qui apporte du discernement et de l’autonomie. Ce sont des connaissances chimiques, cellulaires, que nous sentons vibrer en nous. Nous n’avons alors plus besoin de chercher chez l’enseignant un guide ou un substitut, nous nous retrouvons seuls avec nous-mêmes, dans notre solitude originelle.

De la citation à l’incitation : qui parle, et pour qui ?

Les enseignements spirituels les plus répandus sont d’une grande pauvreté. Au lieu de nous apprendre à être libres, ils créent de nouvelles illusions.

Tout comme les religions qui entretiennent des mythes infantiles, la spiritualité orientale nous apprend, entre autres naïvetés, que l’altruisme est mieux que l’égoïsme, ou que le bonheur est préférable à la souffrance.

Ces enseignements constituent une forme de pensée positive, respectable en tant que pratique. En général on omet de préciser qu’il ne s’agit que d’une pratique, on nous dit plutôt que nous allons rayonner vers l’extérieur et ainsi modifier notre entourage. C’est là que nous basculons dans la croyance, donc dans l’ignorance.

Tous les enseignants que j’ai entendus professer de telles inepties se sont retrouvés confrontés au réel, à l’adversité. Croyez moi, leur réaction désespérée n’a jamais été le reflet de leur belles paroles.

Dans un centre Shinto que j’ai fréquenté durant des années, on pouvait lire sur le mur « Quoi qu’il t’arrive, accepte avec le sourire, dans le plus grand amour de Dieu ». C’est autour du maître lui-même qu’il s’est produit un événement dramatique, il ne l’a pas accueilli avec le sourire. J’ai plusieurs exemples de ce type, mais n’en ai aucun qui irait dans l’autre sens, qui ferait de la pensée positive un super-pouvoir.

Quelle que soit la Réalisation apparente de la personne qui enseigne, n’attendez pas qu’elle vous apprenne à vivre mieux. Personne ne doit vous dire comment vous devez vous comporter socialement, sexuellement, ou concernant votre alimentation. Nous avons tous le même accès à l’information, ce n’est pas à votre enseignant de décider de ces aspects de votre vie.

Observez les différentes démarches, la personnalité, la conduite des enseignants de sagesse. Soit ils ne sont aucunement différents des gens n’ayant aucune pratique, soit leur vie elle-même est une pratique, mais ne constitue pas pour autant un idéal universel. Tout ce que nous cherchons à l’extérieur, nous ne le verrons pas à l’intérieur.

De Shiva à Voldemort

Toute la littérature du Yoga parle de Dieu. Cette part de l’enseignement est presque totalement occultée, professeurs et élèves n’osant aborder le sujet, comme s’il s’agissait de « Celui dont on ne doit pas prononcer le nom ».

Le « Dieu du Yoga » est symbolique. Il représente conscience et énergie. On qualifie cette conception d’animisme, signifiant que l’âme est présente dans toute la multiplicité de l’univers. C’est un mode d’expression, et non une invitation à la croyance.

Généralement, on considère le polythéisme comme archaïque, et le monothéisme comme un progrès. Pourtant le polythéisme n’est qu’une manière de nommer les différentes apparences du monde, quand le monothéisme, sous son angle dogmatique, voudrait nous faire croire à une fable. Il ne s’agit pas d’opposer ces approches, qui peuvent avoir toutes deux un aspect libre ou un aspect doctrinal, mais de se référer à la vision populaire qui a cours.

Principale source de division de la population humaine, la notion de Dieu est trop souvent utilisée à des fins pernicieuses. Seule la réflexion et l’étude permettent de comprendre ce dont il est question. Rejet systématique comme adhésion aveugle créent de la séparation.

Du truisme à l’altruisme : les néo-manipulateurs

La spiritualité n’échappe pas au modèle de consommation de masse. Cette formule épouvantable me fait de la peine à écrire, mais la spiritualité est un business, comme les autres.

Un assemblage de vérités, de croyance duelle et de superstition a créé une nouvelle idéologie. Adhérer à certaines valeurs morales humanistes ferait de nous des personnes « meilleures », et serait un moyen de changer le monde autour de nous.

Certes la méditation modifie les ondes et la structure même du cerveau. Le phénomène des égrégores démontre que la pensée a un réel pouvoir, et qu’elle peut être une forme d’action subtile. Mais rien ne permet d’extrapoler une modification sensible de ce qui nous entoure. L’expérience et le bon sens disent le contraire. La plupart des grands sages du passé se sont fait assassiner, ou sont morts de maladies. Ceux qui professent une sécurité illusoire acquise par la méditation ou une attitude intérieure sont en recherche d’argent ou de considération.

Ces croyances donnent lieu à des propos insensés, très en vogue actuellement. Dès que l’on évoque une forme de criminalité, même si nous en avons été personnellement victime, nous nous voyons expliquer que nous l’avons attirée, ou que nous sommes des fabulistes. Lorsque nous sommes malades ou blessés, on s’entend dire qu’il faut regarder ce qui ne va pas à l’intérieur de soi. En gros, on l’a bien cherché. Les professeurs de telles inepties déchantent quand ce sont eux qui sont touchés, mais en attendant, ces convictions ont cours.

Dans notre quotidien, nos référents et inspirateurs ne sont pas les chefs d’états, ni ceux des armées, ni les grands patrons. Pourtant, ils font figure d’autorité, dans leur domaine respectifs. Ce sont des gens d’expérience, compétents, au moins en partie. Est-ce pour cela que nous devons leur faire confiance ? Dans le monde spirituel, lorsque ce sont des personnes éminentes qui parlent, plutôt que considérer ce qui est dit, nous avons tendance à croire avec plus de facilité. Il ne s’agit pas forcément de personnes mauvaises ou délibérément nuisibles, mais elles entretiennent parfois leur statut et leur train de vie par des enseignements fallacieux, qui n’ont aucun fond philosophique, ni rapport réel avec la tradition dont ils sont prétendument issus.

Le véritable enseignant n’a pas besoin de déguiser la réalité du monde pour attirer des adeptes. Il ne cherche ni à plaire, ni à se mettre en avant. Celui qui professe de grandes valeurs humanistes est en pleine contradiction. Quand elles sont vraiment présentes, est-il besoin d’en parler ?

De la science à la conscience

Grâce à l’étude scientifique, la notion d’énergie présente partout et en tout est désormais communément admise. Des expériences et visions du monde jadis qualifiées de mystiques sont à présent « validées » par la science. Au-delà, les découvertes et spéculations des scientifiques deviennent plus irrationnelles que celles des mystiques.

Difficile à voir ou à quantifier, la conscience ne bénéficie pas encore de la reconnaissance qu’a gagné l’énergie. Déniant cette conscience présente en tout, la pensée hiérarchise.

Accorder par exemple plus de valeur au sang qu’à la sève, c’est juger du degré de conscience de ce qui nous entoure, la référence étant l’humain. C’est compréhensible du point de vue de notre nature d’être humain, à laquelle il n’est pas question de renoncer. D’un point de vue fondamental, cela n’a pas de sens, mais la conséquence de limiter nos facultés spirituelles.

Des Pyrénées à Uranus : Bandha part II

Asanas, bandhas, drishtis, pranayama sont les points techniques composant l’Ashtanga Vinyasa Yoga actuel. Sri K. Pattabhi Jois a donné très peu de détails sur ces outils. L’enseignement moderne et détaillé des bandhas ne cadre pas avec leurs objectifs premiers.

Les bandhas écopent parfois de la traduction malheureuse de « verrous », qui en ferait des actions trop raides. Ils font en réalité partie des mudras, servant à sceller et non à fermer certaines zones du corps, comme un sceau de cire et non un loquet.

Les bandhas servent également à diriger les flux circulatoires dans le corps, la pression générée par leur engagement provoquant un mouvement interne, ascendant pour moola et uddiyana bandha, descendant pour jalandara bandha.
Concernant moola bandha, Pattabhi Jois n’a jamais parlé que de serrer l’anus. Nombre de professeurs disent plutôt d’absorber le périnée. Ce n’est absolument pas faux, certainement tout aussi valable, mais cette consigne ne vient pas de l’enseignement traditionnel. Dans la ville de Mysore, une librairie connue des touristes propose des livres sur le Yoga pour quelques roupies ; parmi ceux-ci, Moola bandha the master key, de Swami Buddhananda, que possèdent sans doute tous les professeurs d’Ashtanga Yoga, et d’où vient cette conviction « périnéenne ».

D’un point de vue physiologique, les effets d’absorption du périnée sont intéressants, et ont été repris par d’autres approches, notamment la méthode Pilates, ou le corps médical pour des rééducations après un accouchement.
Le fait que cette approche ne soit pas traditionnelle n’est pas du tout dérangeant ; je relève simplement que les enseignants se réclamant de la tradition intacte de Pattabhi Jois sont pourtant passés de l’anus au périnée.

Idée reçue parce qu’enseignée : les bandhas aideraient à contrôler l’équilibre. C’est une information aussi fausse que répandue. Le seul lien entre les bandhas et l’équilibre est leur localisation : la zone du centre de gravité. Mais lever le poids de son corps pour passer en équilibre sur les mains n’a rien à voir avec la pratique des bandhas, c’est sans rapport.

Finalement, quelle est la manière correcte de pratiquer mula bandha ? Anus ou périnée ? Cela n’a aucune importance. Le Yoga ne s’intéresse pas au corps physique, mais au corps imaginal. En plus des effets sus-cités, les bandhas amènent de la sensibilité dans la région de certains chakras, centres invisibles qui n’ont rien à voir avec l’anatomie.

Comprenez que dans ce qui est dit, aucune approche n’est rejetée. Evitons simplement le mélange des genres. Anatomie, physiologie, énergétique, proprioception, savoir de quoi il est question évite les fausses pistes.

De la tradition à la contradiction

Une tradition est un enseignement transmis au fil des générations. Il ne s’agit pas de répétition. En plus de sa pédagogie (forme), une tradition est porteuse d’une énergie, perpétuée par l’exercice de la technique, et par la présence de l’enseignant qui en est le vecteur. Une énergie doit être sans cesse produite et alimentée, sinon il y a stagnation ou déclin. Cela nécessite l’actualisation constante de l’enseignement.

Actualiser ne veut pas dire réinventer, ni dénaturer.

Celles et ceux qui s’estiment en mesure de créer leur propre style de Yoga sont des usurpateurs. La tradition yogique est suffisamment vaste pour qu’aucun être humain n’en ait jamais fait le tour. Toute forme existe déjà, les écoles modernes ne faisant que mettre l’emphase sur un pan de la technique, pour s’en proclamer ensuite créateurs. Vanité. Cela donne lieu à des styles pauvres qui leurrent les élèves, à des formations accélérées onéreuses qui détournent une pratique de libération à des fins d’enrichissement personnel. Tout ceci, bien sûr, au nom de la liberté de faire ce que l’on veut et d’aider les gens !

Il n’existe aucune formation capable de faire de quiconque un enseignant de Yoga. Le seul chemin possible est la transformation. Cela passe par la relation, le fait de se relier, et par la pratique. Le phénomène qui a lieu n’est pas l’apprentissage, mais l’imprégnation. C’est ainsi que vivent les traditions et qu’elles se transmettent.

Dans l’enseignement, celui qui ne fait que parler au nom de son guru, qui prétend éclairer avec la lumière d’ailleurs, est un usurpateur. Une tradition ne doit pas être répétée, mais découverte. C’est un cheminement personnel ponctué par l’expérience des anciens. La recherche personnelle entrainera des conflits intérieurs, des frictions, pas toujours plaisantes à vivre, mais qui auront un véritable impact cellulaire.

Le fait que certaines pratiques soient traditionnelles ne leur donne aucune légitimité. Ce qui est à considérer, c’est leur potentiel. Attachement excessif à la forme de la pratique ou à la figure du guru, répétition mécanique de ce qui a déjà été dit, création d’un nouveau style, toutes ces démarches sont des impasses. Enseigner dans la tradition, c’est retrouver, puis reformuler sans dénaturer.

De l’ambroisie à l’amnésie

La forme actuelle de l’Ashtanga Vinyasa Yoga se résume à six séries de postures, et un unique pranayama, qu’à ma connaissance personne ne pratique.

Un document rédigé par Sri K. Pattabhi Jois en 1979 mentionne un programme beaucoup plus conséquent, avec en plus des séries de postures, plusieurs pranayamas, des kriyas, et l’étude de textes.
Pourquoi, de nos jours, les enseignants ont-ils mis de côté cette dimension essentielle de l’Ashtanga Yoga ?

Certes, devant l’affluence sans cesse grandissante d’élèves du monde entier, Pattabhi Jois a dû systématiser un enseignement plus court. Mais nous savons que c’était pour répondre à des contraintes logistiques, et non dans l’intérêt des élèves. Alors pourquoi les prétendants de la tradition directe de « Guruji » ont-ils oublié tout un pan de l’enseignement ?

Nous avons vu, dans l’un des précédents articles, que la pratique du Yoga crée de l’énergie, physique et subtile. Cette énergie peut être orientée vers l’intériorité, ou vers la magnificence de l’ego.

N’y a-t-il pas un lien direct entre l’exhibition video et photographique excessive des yogi(ni)s auto-proclamé(e)s, leur ignorance certaine de la philosophie du Yoga, et ce manque d’intérêt pour la dimension non visible de l’étude ? Le seul kriya qui a cours, nauli, consistant à rouler du nombril, est aussi ostensible que les postures. S’agit-il d’un pur hasard, où l’Ashtanga Yoga n’est-il pas souvent détourné de son objet ?

Celles et ceux qui s’arrêtent en chemin, profitant des fruits de la pratique pour améliorer leur existence mondaine, sont déjà décrits dans les textes anciens. Le véritable sannyasin, le renonçant, n’est pas celui qui adopte un nouveau mode de vie. C’est à ces fruits de la pratique qu’il renonce ; c’est un renoncement à soi.

L’enseigne ment.

Cette brève est l’une des dernières. L’objet de ce blog n’était pas d’écrire infiniment, mais de repositionner la technique du Yoga à sa juste place, celle d’une technique. Dans toutes les voies de recherche, il y a confusion entre les moyens et la finalité. Et c’est ce qui crée de l’opposition, qui devient violence des points de vue ou des actes.

Qui que soit votre enseignant spirituel, jugez de son attachement ou non à sa voie. Questionnez-le.

Quel mal y aurait-t-il à pisser sur une statue du Bouddha, à brûler une croix, ou dévoiler une femme ? Dans quelle mesure les moines ou autres swamis en robe orange peuvent ils donner des leçons aux porteuses de burqas ?

Si ces questions gênent ou déroutent, c’est signe d’un attachement injustifié à la forme d’une pratique. Poussez un peu la réflexion, et vous trouverez à cet endroit des flots de haine refoulée, la haine de l’autre que l’on déguise en différence morale.

Votre enseignant est-il spécialisé dans la mode ? Expert en nutrition ? Connait-il une éthique universelle qui n’oublie personne en ce monde ? Si ce n’est pas le cas, ne soyez pas victime de ses projections. Vous n’avez besoin de personne pour vous suggérer votre rapport à l’autre ou à vous-même. Alimentation, tenue vestimentaire, sexualité, art de vivre… Vous avez accès à l’information, et êtes capable de réflexion ; ne déléguez pas ces choix à autrui au nom de la spiritualité.

Imaginez que la Réalisation consiste à peindre tout son séjour en blanc lumineux. Celui qui a fini ce travail apprécie de vivre dans la lumière. Il a jeté son pinceau ou l’a mis de côté, et peut donner des conseils en peinture aux personnes qui le souhaitent.

Trop souvent, l’enseignant n’a repeint qu’une ou deux façades, puis s’est découragé ; il propose alors de vouer un culte au pinceau.

Ceci étant dit, les prochains articles seront des réponses à vos questions s’il y en a, ou des points techniques de l’Ashtanga Yoga expliqués. J’invite du fond du coeur celles et ceux qui n’apprécieraient pas ce qui se dit dans cet espace, à échanger, par e-mail ou par le biais de commentaires.

Les trois instincts primaires

En 2012, lors d’un séminaire de Yoga à Ujjain (centre de l’Inde), j’ai discuté avec Baba, un homme qui pratiquait le tantrisme depuis trente ans, en Inde et au Népal. J’ai beaucoup aimé son attitude, aussi amicale que désinvolte, envers tout, notamment envers les pujas, qu’on peut voir comme d’intenses cérémonies, ou comme des simagrées.
Baba disait que l’enseignement qu’il a reçu porte sur les trois instincts primaires, la peur, la colère, et la sexualité. C’est la seule fois où j’ai entendu cette approche du tantrisme, mais je pense qu’elle en est l’essence.
Peur, colère, et sexualité. Ce sont les trois forces de vie. Sans l’une d’elles, la vie s’arrête.
C’est précisément l’angle d’attaque des deux mondes, sociétal et spirituel. On joue sur nos peurs, ou on nous demande de ne pas en avoir. On considère la colère comme un manque de maîtrise de soi. La sexualité comme un acte impur, ou en tout cas condamnable dès qu’elle échappe à la « norme ».

La peur peut être un aspect de l’état attentif. Quand on nous demande de ne pas avoir peur, on veut nous endormir. La colère est une aptitude vitale à réagir à certaines situations. En l’atténuant, nous devenons plus malléables. La sexualité repose sur l’énergie de vie originelle, très puissante. En nous demandant de la réprimer, on nous oppose au mouvement de la vie. Ces aspects de l’existence doivent être questionnés, et non rejetés.

Tant que la quête spirituelle ne porte pas sur l’exploration de ces trois instincts primaires, sur quoi porte-t-elle ?

Les trois stades du sadhaka selon les gunas

Tamasique, ou ténébreux. C’est le stade de la croyance, de la crédulité, de la stagnation.
Le stade tamasique est une forme d’inertie spirituelle. Elle peut se traduire par un athéisme total et non réfléchi, comme par l’adhésion à une démarche intérieure mal orientée. Le fait de trouver dans la spiritualité ce qui n’y figure pas est un comportement tamasique. Transfert, substitution, attachement aux signes extérieurs de la foi, sont des qualités tamasiques.
Dans l’athéisme, vous connaissez certainement des personnes avec qui tout dialogue spirituel est impossible. Leur manière d’entendre empêche toute compréhension. Tout aussi étanches sont les personnes se croyant en démarche, quand elles sont en fait en plein transfert. Elles pourront pratiquer le Yoga, méditer, bien connaître la voie dans laquelle elles évoluent, sans connaître aucune transformation intérieure.
Nombre d’enseignants maintiennent leur élèves dans le tamasique, entretenant un système de dépendance réciproque et aliénant.

Rajasique, ou en activité. Stade du questionnement, du mouvement intérieur.
Le stade rajasique est celui de la rencontre avec soi. C’est une forme d’avancée dans la solitude. D’abord, nous nous sentons incompris. Ce qui s’exprime en nous devient plus fort que la quiétude somnambule avec laquelle nous procédions jusqu’ici. C’est alors le sentiment de « juste » qui nous fait tenir durant des moments qui ne sont pas toujours faciles, le sentiment d’une vérité potentielle que peu de gens comprennent, mais qui nous rassérène. Tout notre rapport à la vie, sociale et spirituelle, est fondamentalement reconsidéré. Pour que le quotidien soit vivable, nous nous tenons dans un compromis relationnel permanent, mais n’en pensons pas moins. Dans l’état rajasique, nous voyons les personnes tamasiques comme des prisonniers qui s’accrochent à leurs chaînes. Parfois, revenir à une vie tamasique pourrait nous sembler plus reposant, mais nous savons intimement que ce n’est plus possible.

Sattvique, ou lumineux. Stade de la lucidité. C’est la vision pure de l’harmonie présente partout et en tout. Nous sommes capables de tout comprendre, comprendre ne signifiant pas approuver, ni aimer, ni cautionner. Nous ne croyons plus rien de ce que l’on nous a dit, mais seulement ce dont nous avons fait l’in-périence (expérience intérieure).

Comme les trois doshas de l’ayurvéda, les trois gunas sont indissociables, ces stades décrivant la dominance et non l’exclusivité.

La peur en conscience

La peur est le système de défense de l’amour.
Elle est l’amour.
Ecoutez vos peurs.
Soit elles sont fondées, et vous ont maintenu en vie jusqu’ici.
Soit elles sont infondées, appartenant à un imaginaire appris, et vous encombrent.
La peur est l’état d’attention. Il n’y a qu’une nature de peur. Comment y aurait-il une bonne et une mauvaise peur ?
La peur est nécessaire, c’est le réflexe de survie permanent qui nous anime.
Son expression varie selon les besoins de la situation, mais c’est bien elle qui est à l’œuvre. D’où tout le refoulé qui passe par la pulsion, alimentaire, sexuelle ou violente. C’est une peur non écoutée, non assouvie, qui se traduit par un besoin excessif.
Les grands manipulateurs de ce monde nous disent de ne pas avoir peur. Systèmes philosophiques, religieux ou politiques invitent à la confiance, indiquant eux-mêmes les références morales qui définiront un cadre. C’est à l’intérieur de ce cadre édicté que nous vivrons plus au moins en harmonie ou en résistance, au sein cette relation.
Nous demander de ne pas avoir peur, c’est vouloir diminuer notre lucidité.
Tout le monde a peur. Nul n’a le droit de pointer la vôtre, ni de vous en désigner d’autres. Avoir peur de tout, c’est cela le lâcher prise. L’angoisse vient du refoulement. L’angoisse est inutile. Injustifiée. C’est elle qui nous paralyse. La peur saura déclencher en nous la réponse la plus appropriée dont nous avons le potentiel, quelle que soit la situation.
La peur nous protège. Elle nous stimule. La reconnaître, l’écouter, c’est s’aligner avec elle, et non en être son esclave.
L’amour de soi est la peur pour soi-même. La peur pour nos proches est notre amour pour eux. Quand elle s’exprime au-delà de la réalité d’une situation, elle encombre. Quand elle s’exprime librement, elle protège.
Pour la ressentir en soi, repenser à une situation de peur. Séparer la sensation des événements, de l’énergie qui sous-tend le souvenir. Ressentir cette énergie, teintée d’angoisse. Percevoir que l’angoisse est une fabrication intérieure, totalement inutile dans la situation actuelle. C’est un autre espace dans le temps, ce n’est pas la réalité. Absorber la réalité, sereine. Etendre l’énergie dénuée d’angoisse dans la sensation de réalité. Revenir dans le maintenant, chasser l’angoisse qui est beaucoup plus faible que l’énergie originelle qui l’animait. Elle n’a plus d’énergie en ce monde actuel, coupez-vous de son existence passée. Soyez maintenant, c’est votre nature d’être.

Sur l’origine de Dieu

Le Yoga, comme les religions, utilise la représentation de figures divines, celles du panthéon hindou.

Théisme, dans sa définition courante, désigne un système de croyance en un ou plusieurs dieux. Le sens de l’athéisme est de ne pas croire.

Les philosophies indiennes, yoga, samkhya, vedanta, nyaya, mimamsa, vaisheshika, sont théistes ou non, sans pour autant s’opposer ni se contredire. Dieu étant dans ces voies une représentation et non un être supérieur, il s’agit bien d’une recherche métaphysique plutôt que d’une invitation à croire. On nomme les philosophies indiennes des darshana(s). La racine sanskrite « drsh » qu’on retrouve dans de nombreux termes relatifs à ces philosophies, évoque la vision. Si les darshana(s) ne s’opposent en aucune manière, c’est que ces voies de recherche de la vérité affirment être des tentatives de voir le monde tel qu’il est, et non des systèmes de croyance qui n’entraineraient que limitation de l’esprit et opposition entre croyants.

L’un des sens de la racine grecque « theos », qui donna « théisme », est la vision. L’athée n’est donc pas celui qui ne veut pas croire, mais celui qui ne veut pas voir. La croyance a été imposée par le dogme, c’est une affaire de pouvoir humain, cela n’a rien à voir avec la foi véritable qui a pour origine latine « fides », signifiant « confiance ».

Le latin « deus », origine étymologique de « dieu », vient de Zeus, divinité grecque qui, envoyant ses éclairs, apporte à l’homme la lumière. La métaphore de la lumière divine est celle d’un éclairage intérieur. Nous rencontrons Dieu lorsque nous voyons la réalité pure. Dieu n’est autre que l’être humain « réalisé ».

Mensonge de l’eau

Aujourd’hui, dans une revue prétendument scientifique, un article parlait de l’influence possible de la pensée sur la matière, et citait le travail de Masaru Emoto, auteur du livre «Message de l’eau». Cet article mentionnait une expérience faite avec deux bocaux contenant du riz cuit observés durant un mois. D’après l’article, dans l’un des bocaux figurait le mot «merci» écrit sur une étiquette, et les gens passant à proximité du bocal devaient lui dire des mots gentils et positifs. Dans l’autre bocal était écrit le terme «insensé». L’article prétend qu’au bout d’un mois, le premier bocal n’était pas du tout moisi tandis que l’autre l’était totalement, et conclut que la pensée positive est plus forte que la pensée négative.

Cette interprétation est mensongère, et utilise l’expérience à des fins de pure manipulation.

Il y a une quinzaine d’années, dans un centre de soins énergétiques japonais que je fréquentais, nous avons (vraiment) réalisé cette expérience. Il faut en vérité utiliser trois bocaux de riz cuit. Sous le premier, écrire le mot «amour», rien sous le deuxième, et «haine» sous le troisième ». Durant un mois, en passant à proximité, dire des mots d’amour au premier bocal, ne jamais s’adresser au deuxième, et insulter, haïr le troisième. Résultat : la moisissure ralentit de manière équivalente dans le bocal aimé et dans celui détesté. Le deuxième bocal, en revanche, est complètement moisi. Cela démontre que l’amour et la haine sont tous deux des énergies très fortes, et que le «pire» est de subir l’indifférence.

Sans besoin de mesurer ces effets sur du riz cuit, il n’y a qu’à observer le monde pour se rendre compte que la haine est aussi forte que l’amour. Celles et ceux qui nous inculquent ces bêtises de pensée positive qui change le monde ne veulent pas notre bien, mais nous aveugler. Les soi-disant preuves scientifiques du pouvoir de la pensée positive reposent sur une technique très simple. Par exemple, si vous sentez l’odeur d’un repas, vous en ingurgitez des molécules. On peut constater scientifiquement qu’effectivement, ces molécules sont ingérées. Mais prétendre que cela suffit à vous nourrir serait une extrapolation mensongère. C’est le même procédé qui est utilisé pour la pensée positive. On constate ce qui se passe dans le cerveau quand on pense positivement ou négativement. Evidemment si vous riez ou pleurez, votre état intérieur est différent. Evidemment. Mais le constat scientifique de ce qui est repérable dans votre cerveau quand vous pensez positivement, est ensuite transformé en arme secrète, qui pourrait changer votre vie, et modifier ce qui vous entoure. D’où sort cette extrapolation ? Quelle foutaise ! Nous savons que c’est impossible, mais choisissons d’y croire pour nous soustraire à la réalité.

Qui sait exactement d’où viennent ces procédés de manipulation ? A qui profitent-ils ? Indéniablement aux classes dirigeantes, à la finance mondiale, et aux guides spirituels. Ces supercheries nous empêchent de voir là où nous sommes, de penser par nous-mêmes, et éventuellement de nous rebeller.

Vol au-dessus d’un nid de rats

Nidrâ est un terme sanskrit généralement traduit par « sommeil », que l’on trouve notamment dans les Yoga sutras de Patanjali. Tout comme l’Ashtanga Yoga, ce terme utilisé par Patanjali désigne aussi une technique, le Yoga Nidrâ.

Chez Patanjali, nidrâ désigne l’un des cinq vrittis, fluctuations du mental (sutra I-6).  Les autres vrittis sont traduits par : la pensée juste (vérité), la pensée fausse (l’erreur), l’imagination et le souvenir. Nidrâ est tantôt traduit par « sommeil sans rêves », tantôt par « sommeil avec rêves ». Si chaque vritti mérite sans doute réflexion et développement, ce dernier est particulièrement intriguant. En quoi le sommeil est il un mouvement du mental ? Certes le mental fonctionne différemment quand nous dormons, mais en quoi serait-ce un frein à l’éveil spirituel ?  Tous les autres vrittis participent de l’état de veille, que fait là ce sommeil ? Est-il donc sans ou avec rêves ?

Patanjali ne nous parle pas du sommeil. Il nous parle de léthargie. De léthargie mentale. Quand la spiritualité indienne nous dit que le monde est une illusion, quel sens cela a-t-il ? Le monde est bien réel. L’illusion, c’est la croyance. Et notamment la croyance spirituelle.

Plusieurs mythes indiens parlent de cela : le monde social, celui que nous imposent les dirigeants politiques, nous maintient dans une véritable léthargie mentale. Nous pensons avoir notre libre arbitre, alors que nous ne pouvons que jouer de diverses façons avec les pièces d’un même puzzle, que nous n’avons pas choisi. Même être contre, même refuser de jouer, restent des positionnements relatifs à ce puzzle qui nous est imposé. Sortir de la léthargie mentale, ce n’est pas jouer différemment, mais découvrir qu’il existe d’autres puzzles, et d’autres jeux.

La réalisation spirituelle qu’on nomme « éveil », s’oppose à l’état de Nidrâ tel que cité par Patanjali. Notre compréhension est anesthésiée, endormie. C’est pourquoi il nous faut des pratiques et des enseignants, pour nous (r)éveiller.

Vivons !

(ou pourquoi nous sommes totalement irresponsables).

Dans nos société sont très valorisées l’autonomie et la responsabilité. Généralement, même les personnes revendiquant le plus ardemment leur état d’être libre y associent ces qualités. Cette croyance d’être responsable est sans doute le plus important obstacle à la réalisation spirituelle.

Nous avons inventé cette conscience humaine supérieure et évoluante. Il n’y a en réalité qu’une conscience universelle. Qu’elle soit manifestée dans le vent, la pierre, la bactérie ou l’homme, c’est la même conscience qui est à l’œuvre. Le prétexte d’une conscience humaine particulière sert généralement la suprématie de l’homme au détriment des autres espèces vivantes et de notre planète. Ce concept insensé est aussi repris dans la spiritualité new age qui parle sans savoir d’évolution de conscience. Aucun argument ne vient pourtant étayer cette prétention, rien dans l’histoire et le développement de l’humanité ne pourrait laisser croire que la conscience a évolué. Aucune tradition spirituelle n’en parle. Nous sommes des êtres vivants, comme d’autres, véhiculant une part de la conscience universelle.

Nous sommes dans un contexte que nous n’avons pas choisi. Période, endroit du monde, ascendants, relations, aspect physique, nous ont été fournis par l’existant. De fait, nos décisions ne sont jamais libres, reposant sur ce passé et ce contexte imposés.

Un loup peut sembler autonome dans sa forêt. Son autonomie serait différente dans un zoo ou dans une autre forêt. Ses décisions seraient différentes, et globalement régies par le lien à un passé. Nous pouvons donner notre avis sur la politique, et choisir pour qui voter. Nous n’avons pas choisi la constitution, ni les partis politiques, ni les candidats. Nous faisons avec. Et c’est toujours ainsi, dans tous les aspects de notre vie. Nous choisissons à partir d’une situation non choisie.

Concrètement, nous devons cesser de vivre avec des attentes reposant sur des représentations fausses et des idéaux inaccessibles. Nous avons tous des qualités et des défauts estimés comme tels dans notre cadre de vie. À un autre endroit ou un autre moment, on en jugerait différemment. La vision des qualités et des défauts chez soi ou chez l’autre est pure projection. C’est de l’adéquation avec la convention sociale et le type de relation du moment dont il est question, et non de valeurs humanistes ou universelles absolues.

Imaginez la vie des poissons. Des micro-organismes. Des minéraux. Qui regarde ce qu’ils font ? Qui juge de leurs actes ? Vivons ! Comme tout être, vivons ! Ni Dieu, ni l’Univers ne nous surveillent. C’est ce que nous enseignent les traditions spirituelles orientales. Quand Dieu s’adresse à l’homme, il lui enseigne le détachement vis-à-vis de ses actes, quels que soient ses actes, y compris le meurtre. Dieu ne nous demande jamais de devenir une personne meilleure, ce « meilleur » étant absolument relatif. Contrairement à une superstition moderne très répandue, nos actes n’ont aucune incidence cosmique particulière. Dans le monde spirituel, peu importent les conséquences de nos actes. C’est le rapport conscient à nos actes et à leur conséquence, qui importe.

Alors vivons ! Dans l’ici et maintenant, il n’y a pas de mieux. Il n’y a pas de bien, ni de mal.

« On » nous a inculqué un sentiment de perpétuelle imperfection, largement repris par une spiritualité moderne profondément culpabilisatrice. Nous pensons devoir lâcher prise sur nos défauts, qui sont peut-être l’expression de notre rébellion face à une société enfermante. Le lâcher-prise n’est pas un comportement à adopter dans le monde, mais un état à vivre face à tous les aspects de l’existence. Quand je suis triste, je pleure, quand je suis gai, je ris. C’est la simplicité du koan, l’enseignement pur, dénué de toute projection. Attention, aucun possibilité de changement en soi n’est réfutée ! C’est ce sur quoi repose ce changement qui en fait un acte libre ou une obligation. Répondons nous à une injonction de la société, ou agissons nous en résonance avec notre vraie nature ? A l’injonction nous ne devons pas répondre, puisque nous ne sommes pas responsables. Observons. Et vivons !