De l’ambroisie à l’amnésie

La forme actuelle de l’Ashtanga Vinyasa Yoga se résume à six séries de postures, et un unique pranayama, qu’à ma connaissance personne ne pratique.

Un document rédigé par Sri K. Pattabhi Jois en 1979 mentionne un programme beaucoup plus conséquent, avec en plus des séries de postures, plusieurs pranayamas, des kriyas, et l’étude de textes.
Pourquoi, de nos jours, les enseignants ont-ils mis de côté cette dimension essentielle de l’Ashtanga Yoga ?

Certes, devant l’affluence sans cesse grandissante d’élèves du monde entier, Pattabhi Jois a dû systématiser un enseignement plus court. Mais nous savons que c’était pour répondre à des contraintes logistiques, et non dans l’intérêt des élèves. Alors pourquoi les prétendants de la tradition directe de « Guruji » ont-ils oublié tout un pan de l’enseignement ?

Nous avons vu, dans l’un des précédents articles, que la pratique du Yoga crée de l’énergie, physique et subtile. Cette énergie peut être orientée vers l’intériorité, ou vers la magnificence de l’ego.

N’y a-t-il pas un lien direct entre l’exhibition video et photographique excessive des yogi(ni)s auto-proclamé(e)s, leur ignorance certaine de la philosophie du Yoga, et ce manque d’intérêt pour la dimension non visible de l’étude ? Le seul kriya qui a cours, nauli, consistant à rouler du nombril, est aussi ostensible que les postures. S’agit-il d’un pur hasard, où l’Ashtanga Yoga n’est-il pas souvent détourné de son objet ?

Celles et ceux qui s’arrêtent en chemin, profitant des fruits de la pratique pour améliorer leur existence mondaine, sont déjà décrits dans les textes anciens. Le véritable sannyasin, le renonçant, n’est pas celui qui adopte un nouveau mode de vie. C’est à ces fruits de la pratique qu’il renonce ; c’est un renoncement à soi.

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