De la tradition à la contradiction

Une tradition est un enseignement transmis au fil des générations. Il ne s’agit pas de répétition. En plus de sa pédagogie (forme), une tradition est porteuse d’une énergie, perpétuée par l’exercice de la technique, et par la présence de l’enseignant qui en est le vecteur. Une énergie doit être sans cesse produite et alimentée, sinon il y a stagnation ou déclin. Cela nécessite l’actualisation constante de l’enseignement.

Actualiser ne veut pas dire réinventer, ni dénaturer.

Celles et ceux qui s’estiment en mesure de créer leur propre style de Yoga sont des usurpateurs. La tradition yogique est suffisamment vaste pour qu’aucun être humain n’en ait jamais fait le tour. Toute forme existe déjà, les écoles modernes ne faisant que mettre l’emphase sur un pan de la technique, pour s’en proclamer ensuite créateurs. Vanité. Cela donne lieu à des styles pauvres qui leurrent les élèves, à des formations accélérées onéreuses qui détournent une pratique de libération à des fins d’enrichissement personnel. Tout ceci, bien sûr, au nom de la liberté de faire ce que l’on veut et d’aider les gens !

Il n’existe aucune formation capable de faire de quiconque un enseignant de Yoga. Le seul chemin possible est la transformation. Cela passe par la relation, le fait de se relier, et par la pratique. Le phénomène qui a lieu n’est pas l’apprentissage, mais l’imprégnation. C’est ainsi que vivent les traditions et qu’elles se transmettent.

Dans l’enseignement, celui qui ne fait que parler au nom de son guru, qui prétend éclairer avec la lumière d’ailleurs, est un usurpateur. Une tradition ne doit pas être répétée, mais découverte. C’est un cheminement personnel ponctué par l’expérience des anciens. La recherche personnelle entrainera des conflits intérieurs, des frictions, pas toujours plaisantes à vivre, mais qui auront un véritable impact cellulaire.

Le fait que certaines pratiques soient traditionnelles ne leur donne aucune légitimité. Ce qui est à considérer, c’est leur potentiel. Attachement excessif à la forme de la pratique ou à la figure du guru, répétition mécanique de ce qui a déjà été dit, création d’un nouveau style, toutes ces démarches sont des impasses. Enseigner dans la tradition, c’est retrouver, puis reformuler sans dénaturer.

4 réflexions au sujet de « De la tradition à la contradiction »

  1. Annick

    Une fois de plus un article qui m’enchante.
    Merci de tes coups de gueule, tes diatribes, de tes avis tranchés et tranchants.
    Merci de ce ton qui rompt avec la mièvrerie et l’autosatisfaction si courante dans le « milieu du Yoga ».

    Etant en pleine contradiction moi même, puisse que je donne des cours à de futurs profs tout en étant persuadée que « il n’existe aucune formation capable de faire de quiconque un enseignant de Yoga », je me sert de cet inconfort pour rester vigilante, regarder honnêtement ce qui m’a été donné, ce que j’ai envie de partager…. La croyance de suivre une tradition traditionnelle nous enferme dans la bonne conscience, les certitudes et le confort.
    Vive la contradiction salvatrice !
    Vive l’exigence de la tradition !

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  2. Arnaud

    Merci Annick, et bien sûr, la formation a sa place dans la démarche. Il y a une différence marquée entre les formations clairement mercantiles, rapides, soit disant intensives, et celles qui sont une invitation à approfondir la pratique. Cours, stages, formations, retraites, tout a sa place. La proposition est simplement de regarder où nous sommes et ce qui nous arrive, plutôt que croire celle ou celui qui parle, en jugeant seulement de son apparent niveau de compétence.

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    1. nico

      Je m aventure sur un terrain houleux!
      Aucune formation n est capable de former des enseignants mais qui, qui enseigne?
      Seul l enseigné existe?
      Ou bien il ne s agit que d un vocabulaire limitant la pensée.
      La forme appartient a l exterieur et l impregnation touche l interieur! Se relier n est il pas aussi accepter que dans ce chemin de reunion tantot l exterieur ou la formation et tantot l interieur ou limpregniation seront des moyens en phase avec Etre?
      J avais prevenu!

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  3. Arnaud

    En fait rien n’est exclu ! Nous avons l’habitude, dès que quelque chose est nuancé, de comprendre que le contraire est dit. Il n’est pas question du rejet de tout type de formation, mais du rapport à la formation. Toutes formes existent. Qu’y faire ? Ce qui est considéré est le rapport intérieur, intime, à tout. C’est le lien véritable entre enseignant et enseigné, et non la forme apparente. L’observation des démarches permet d’y voir (un peu) plus clair. Le vocabulaire limite s’il est au service d’une logique binaire ; s’il restitue le volume de ce qui est dit, il peut au contraire nourrir la pensée.
    Et oui, pendant un (long)temps, il y a navigation entre ces deux eaux, de surface et de profondeur. C’est un voyage.
    Merci Nicolas. Depuis la Guadeloupe d’où j’écris aujourd’hui, la houle est très appréciée de ceux qui se fondent dans les flots, qui comm’unient avec l’océan !

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