Des stances aux substances

(En réponse à un article que l’on m’a adressé par e-­mail, concernant l’ayahuasca)

Chez Patanjali (Yoga sutra IV–1), l’emploi de certaines plantes est mentionné comme moyen de modifier l’état intérieur. Il ne s’agit pas de se droguer pour vivre une réalité déformée, mais d’être plus sensible, d’améliorer la perception.

La prise de substances puissantes mène directement à des états de conscience modifiée. Dans certains contextes, il peut s’agir de pratiques à part entière, encadrées et suivies. Consommer sporadiquement ce genre de produits a l’inconvénient de laisser des souvenirs, des mémoires, qui constitueront des obstacles, sinon des blocages quand nous approcherons ces états de conscience par nous­-mêmes. Celles et ceux qui ont essayé l’ayahuasca parleront d’expériences très fortes, mais qui n’ont rien à voir avec un processus de transformation. Le Yoga ne s’intéresse pas aux expériences. Elles s’observent, comme on regarde le paysage en voyageant. Ne confondons pas expérience et réalisation.

2 réflexions au sujet de « Des stances aux substances »

  1. Annick

    osadhi (ausadhi), dans le sutra IV 1, est effectivement souvent traduit par « drogue » et est supposé induire des « pouvoirs surnaturels », ou des perfections, ou selon la traduction de siddhi
    ( = accomplissement, habileté, efficacité, succès, faculté, etc). Certains traducteurs préfère le terme d’herbe médicinale. .
    Vyasa, le premier commentateur des Yoga Sutra, commente ce sutra par « La réalisation surnaturelle par les plantes est celle d’un élixir de jouvence et de vie acquis dans la demeure des Asuras (les démons) ». Vijnana Bhiksu, autre commentateur, évoque la fabrication de l’or avec des plantes…
    Rien n’est donc absolument certain quand à la modification du psychisme par l’usage de plantes psychotropes même si c’est aussi probable.
    Mais dans tous les cas, le texte de Patanjali continue !
    Et avec le deuxième sutra, qui traite donc, comme tout ce dernier pada, de la « Libération », il est question de la nécessite d’une mutation qui est de nature différente de l’acquisition des siddhis. Cette dernière continue à obéir au karma et a en créer. Cela est repris au sutra 6, ou seul le psychisme issu de la méditation est « libre d’intention », ne laisse aucun « dépôt d’action ». Et donc le psychisme « acquis » lors d’usage de plantes n’est effectivement pas un processus de transformation conforme à la voie de libération décrite dans ces sutra.
    Il me parait utile de mettre ce sutra aussi en perspective avec le sutra III 38 (ou 37)
    « Les facultés psychiques (les siddhis) utilisées vers le manifesté font obstacle au Samadhih sans objet.
    Obstacles pour l’enstase parfaite, ce sont des perfections dans l’activité (pour l’activité sensorielle). »
    La justification de prise de plante psychotrope, n’est pas à rechercher dans ce texte. Seule les éléments qui favorisent l’état méditatif est considéré comme valide, par Patanjali.
    Mais peut être que pour certains, l’usage de l’ayahuasca, est un chemin vers le Samadhi parfait ….????

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  2. Arnaud K.

    (La traduction d' »Asuras » par « démons » est à relativiser, la philosophie indienne étant loin du manichéisme souvent présent dans nos raisonnements.
    Les plantes dont il est question étant interdites dans nos sociétés, elles sont connotées dans nos pensées. En Inde, Yogis, sadhus, swamis utilisent parfois certaines plantes, occasionnellement ou de manière excessive. Ces plantes se fument, s’ingèrent ou sont étalées sur le corps sous forme de baume. Aussi n’est-il pas surprenant que Patanjali mentionne cette possibilité, qui n’est pas une justification puisqu’il n’était certainement pas nécessaire de se justifier à ce sujet il y a 2000 ans.)

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