Les trois instincts primaires

En 2012, lors d’un séminaire de Yoga à Ujjain (centre de l’Inde), j’ai discuté avec Baba, un homme qui pratiquait le tantrisme depuis trente ans, en Inde et au Népal. J’ai beaucoup aimé son attitude, aussi amicale que désinvolte, envers tout, notamment envers les pujas, qu’on peut voir comme d’intenses cérémonies, ou comme des simagrées.
Baba disait que l’enseignement qu’il a reçu porte sur les trois instincts primaires, la peur, la colère, et la sexualité. C’est la seule fois où j’ai entendu cette approche du tantrisme, mais je pense qu’elle en est l’essence.
Peur, colère, et sexualité. Ce sont les trois forces de vie. Sans l’une d’elles, la vie s’arrête.
C’est précisément l’angle d’attaque des deux mondes, sociétal et spirituel. On joue sur nos peurs, ou on nous demande de ne pas en avoir. On considère la colère comme un manque de maîtrise de soi. La sexualité comme un acte impur, ou en tout cas condamnable dès qu’elle échappe à la « norme ».

La peur peut être un aspect de l’état attentif. Quand on nous demande de ne pas avoir peur, on veut nous endormir. La colère est une aptitude vitale à réagir à certaines situations. En l’atténuant, nous devenons plus malléables. La sexualité repose sur l’énergie de vie originelle, très puissante. En nous demandant de la réprimer, on nous oppose au mouvement de la vie. Ces aspects de l’existence doivent être questionnés, et non rejetés.

Tant que la quête spirituelle ne porte pas sur l’exploration de ces trois instincts primaires, sur quoi porte-t-elle ?

8 réflexions au sujet de « Les trois instincts primaires »

  1. Julen

    Bravo!
    Très intéressant ce que Baba a partagé avec toi sur le tantrisme. La peur, comme état attentif et dans sa profonde compréhension, nous guide et nous permettre de nous apercevoir de pourquoi on ne veut pas encore mourir. Comment acepter la mort si nous n’avons pas accompli nôtre dharma? Elle nous rapproche de l’essence de nôtre apparition dans cette vie et de la nécessité de ne pas l’oublier ou la laissé d’un côté; nôtre fonction.
    La colère se manifeste face à toute injustice et c’est ce qui nous rendre humains dans la reaction face à elle; ça pourrait être l’un des moteurs dans la pratique d’ahimsa. Certains gens voit de la violence dans certains actions quand vraiment c’est un reaction colérique nécessaire pour défendre l’êtreté humaine.
    Comment t’as bien dit la sexualité repose sur l’énergie de la vie originelle, mais je ne hausserai pas dire que c’est l’énergie la plus forte. L’amour sans objet ( état vécu dans la vibration d’anahata) pourrais canaliser l’énergie sexuelle et nous permettre de nous impregner de l’essence de la pratique de l’état de brahmacharya pour que cette énergie ne se disperse pas. Et donc ce serait cette amour qui pourrais modérer/concentrer cette énergie sexuelle pour l’amplifier; ce serais l’haleine/le souffle divin.

    Répondre
  2. Arnaud Kancel

    Je ne suis pas sûr que la zone physique du coeur ait à voir avec l’amour, avec ou sans objet. Tout ceci existe en dehors des frontières du corps, et ces associations sont plutôt reliées à la culture romantique européenne qu’à la mystique indienne. A la source de la sexualité, le désir, mouvement originel, et créateur de la vie. La sexualité est l’expression pure de la shakti ; une culture culpabilisatrice nous empêche de le voir, c’est très tenace !
    Il y a beaucoup de légendes concernant brahmacharya et sexualité. Brahmacharya s’applique à tous les aspects de la vie. Ceux qui expliquent brahmacharya comme une abstinence ou un contrôle sexuel, sont victimes de manipulation, ou en sont auteurs. Quand on enseigne sur la sexualité, il faut proposer des techniques, et pas juste dire aux gens comment ils doivent se comporter. Techniques d’abstinence ou pratiques de sexualité sacrée, et non, comme cela a cours, demande brute d’abstinence ou prétexte new age tantrique pour valider une forme de libertinage !
    Amour et énergie sexuelle sont similaires. Les considérer séparément est source de conflit intérieur.

    Répondre
    1. Julen

      Bien sûr la vibration de l’amour sans objet est partout; en dehors et dedins les frontières du corps. Anahata c’est le nom d’un chakra qui est situé à niveau de la poitrine mais cette vibration peut resoner par tout car selon le discernement que j’avais fait après ton post je disais que cette vibration pourrais canaliser la sexualité, mais je ne disais pas que ça correspondait avec la zone physique du corps. On parle d’un emplacement physique pour pouvoir faire des pratiques de visualisation de ce chakra pour entrainer le mental et lui sensibiliser à lui que pour moi sont très insuffisantes. Mais si on est dans la vibration de l’amour sans objet elle peut nous traverser par tout le corps et en dehors aussi. Je parlais de brahmacharya comme l’état cellulaire qui exprime la moderation et je pense et je sens que dans la sexualité ça existe aussi et elle est vecue, cette moderation, que si sexualité et amour vont ensemble, mais pas l’amour conditionné. Dans cet contexte brahmacharya prends beaucoup plus de sense et de justece que si l’on voit comme l’abstinence sexuelle.

      Répondre
  3. Nico

    Intéressant,
    Il n’est pas question de contredire mais plutôt d’apporter ma vision, les contradictions viennent souvent du fait que nous ne parlons pas des mêmes choses ou que le référent n’est pas le même, c’est peut-être mon cas!.
    Si l’on part de ces 3 instincts primaires, je ne peux m’empêcher de sentir ce qu il y a derriere: protection, territoire, corps physique, Moi, manifesté, matière.
    Je m explique ou je questionne plutôt!!!
    cette peur serait elle la peur qui me permet d’agir face a un agresseur éventuel ou situation?
    cette colère serait elle cette énergie qui me permettrait de mettre en mouvement toutes mes cellules avant d’agir face a un agresseur ou situation?
    cette sexualité ne serait elle pas la pratique qui me permet de me reproduire?
    Ce qui me gène le plus c’est le raccourci entre instinct, peur, colère et sexualité, pour moi ce ne sont pas des instincts mais plutôt ce qui en découle.

    Derrière le mot instinct il y a plutôt de l’inné, l’instinct n’est pas appris il a toujours été, il sera toujours, du plus petit au plus grand de la cellule à l’univers, du micro au macro, il n’est rien d autre qu’un programme originel, naturel, spirituel qui a pour vocation de maintenir la vie , il est le fil conducteur. il me semble qu’il pourrait être cette connection avec le monde spirituel, non sociétal, c’est ce qui perce de la non matière à la matière, cette même matière qui en est le support.(c est peut être de ca dont tu parles)

    La peur, la colère la sexualité, me font plus penser a des comportements conscients,des émotions: J’ai peur, Je suis en colère, et Je fais du sexe! et donc parler d instinct primaire en les définissant par la peur, la colère et la sexualité me semble superficiel et comme je ne pense pas que Baba ait recu un enseignement superficiel, il doit y avoir quelque chose….

    Mais tout ceci n’est qu une histoire de mot, je suis beaucoup plus proche de ce qui est dit plutôt que de la façon dont cela est dit.

    Répondre
    1. Arnaud Kancel

      Effectivement ces trois instincts peuvent être limités à leur expression manifestée. Chacun ira alors de son avis en disant dans quel cas c’est juste ou injuste, approprié ou inapproprié, bien ou mal. En fait, nous n’en savons rien ; cela dépendra effectivement du référent dont vous parlez.
      Il n’y a qu’une peur, qu’une colère, et qu’une sexualité. Leurs manifestations sont multiples, illimitées. Tant que nous envisageons ces instincts sous l’une de leur forme manifestée, nous les limitons, les enfermons. C’est le dogmatisme, l’imposition d’une vérité partielle. Une vérité ne peut être qu’universelle.
      Pratiquer la peur, la colère ou la sexualité, les explorer comme un territoire, dans la tentative d’aligner l’instinct manifesté avec l’essence vibratoire de cet instinct.

      Répondre
  4. Coralie

    …Dans l’émission d’hier des Racines du Ciel, sur l’alchimie des émotions, Christophe Massin, psychiatre thérapeute (qui a suivi les enseignements de Swami Prajnanpad à travers Arnaud Desjardins), nous dit que dans le tantra, on fait totalement l’expérience des choses, y compris des « poisons », pour découvrir qu’une fois traversé par eux, leur ayant dit OUI et complètement accueillis, il y a une transformation. Car derrière toutes ces émotions (de peur, de colère, etc…) il y a un amour qui souffre. Ces émotions sont le chemin pour atteindre cet amour… si on les rejette, elles font barrage.
    (http://www.franceculture.fr/emission-les-racines-du-ciel-l’alchimie-des-emotions-avec-christophe-massin-2014-12-07)
    Ils citent 2 bouquins qui semblent nourrir leurs propos :
    sur la question du fonctionnement du mental, le thérapeute André Charbonnier a écrit « Entre vous et le Bonheur, il n’y a que des peurs »
    – et donc l’invité de l’émission, Christophe Massin qui a écrit « Souffrir ou aimer, transformer l’émotion ».
    🙂

    Répondre
    1. Arnaud Kancel

      Attention au qualificatif de « poison », qui entend déjà que certaines composantes de notre nature d’être sont à exclure. Le seul poison dont parle le Yoga, c’est celui du conditionnement. Et le conditionnement, c’est TOUT ce que nous sommes.
      Voir un amour qui souffre derrière nos émotions, est une fois de plus un point de vue romantique. L’amour ne souffre pas, il s’exprime. En s’exprimant, il bouscule nos croyances. La souffrance, c’est lorsque l’amour rencontre nos croyances.
      Enseigner qu »entre nous et le bonheur, il n’y a que des peurs » c’est ajouter de la culpabilité à l’illusion.
      « Souffrir ou aimer, transformer l’émotion » ? C’est une considération duelle, qui sépare. C’est en aimant qu’on souffre ( je ne parle pas du couple, mais de la vie sous tous ses aspects). Quand on est indifférent, on ne souffre pas, car l’indifférence ne véhicule pas d’amour.
      L’émotion est la rencontre de ce que nous ressentons et ce que nous pensons. Comment transformer l’émotion ?
      Les approches que vous citez résonnent certainement avec l’une des dimensions de ces différents sujets. Il ne s’agit pas de les rejeter, mais de comprendre dans quelle mesure elles ouvrent ou enferment. Sur ces sujets, tout a déjà été dit, il n’est donc pas question de comprendre, mais d’absorber. C’est pourquoi l’enseignement est vivant. La transformation est l’absorption de la vérité pure.

      Répondre
      1. Coralie

        Biensûr que les émotions nous meuvent et l’antidote est souvent dans le « poison ». Comme le dit Gibran, la douleur c’est « l’éclatement de la coquille qui enferme ta compréhension, l’amère potion par laquelle ton médecin intime guérit ton moi malade »… il suffit juste (facile à dire) de se détendre quand elle nous traverse, sans plus de joie que de peine, trouver un équilibre intérieur pour mieux les « absorber » en conscience… Heureusement le chemin est long 🙂

        Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *