Light on Yoga (Léger sur le Yoga)

Aujourd’hui un ami a posté sur internet un article venant d’un journal web, visiblement dédié à l’Ashtanga Yoga. La présentation de l’article est malhabile, reposant sur des lieux communs erronés au sujet du Yoga. Suit une interview de Sharat Rangaswamy, rebaptisé Sharat Jois, où questions et réponses font preuve d’une ignorance manifeste concernant les Yoga sutras de Patanjali, pourtant cités en référence dans les premières lignes.

Je ne tiens pas à faire un commentaire de texte, mais si vous souhaitez connaître cet article et vous faire une opinion, je pourrai vous en donner le lien. Ma réflexion ne se limite pas à cet événement ; de manière générale, les « enseignements » qui circulent dans la communauté ashtangi sont en pleine contradiction avec la philosophie du Yoga. Visitant un monastère en Crête, j’ai vu une icône représentant Saint Michel écrasant le démon. Dans la religion chrétienne, le démon est le mal, selon les références morales édictées par cette dernière, qui n’ont rien d’universel. Cette image est certainement inspirée de la représentation de Nataraja, Shiva dansant, qui lui écrase un nain, symbole de l’ignorance. C’est ce dont parle le Yoga, vaincre l’ignorance, qui est une forme d’emprisonnement.

Déjà dénoncés dans la Baghavad Gita (II­42 à 44), les enseignements complaisants n’aident personne. Ils donnent une illusion de sécurité à des fidèles en mal d’approbation. Cette sécurité n’existe pas.

Sans être des pandits (lettrés indiens), les enseignants de Yoga doivent comprendre suffisamment ce dont il est question, afin de ne pas transmettre aux élèves leurs propres limites.

4 réflexions au sujet de « Light on Yoga (Léger sur le Yoga) »

  1. Nicolas Legrez

    Si je peux me permettre, il ne s’agit pas d’une interview mais d’un article retranscrivant une conférence donnée par Sharath comme il le fait chaque dimanche à Mysore. Et comme j’y étais présent, autant y apporter ma petite… lumière 😉
    La présentation malhabile, reposant sur des lieux communs erronés au sujet du yoga (sic), c’est en fait le petit laïus prononcé par Sharath en début de conférence.
    Les questions-réponses teintées d’ignorance (sic) ne sont pas à mettre à l’initiative d’un quelconque journaliste mais des nombreux élèves présents dans la salle : élèves de Sharath, plus ou moins ignorants, et élèves de Saraswathi, pour la plupart débutants donc a fortiori ignorants. Parmi ces 200 à 300 personnes, au moins un tiers de chinois de RPC, de japonais, de coréens, de russes, parlant peu voire pas du tout anglais (les temps où le shala était peuplé d’anglo-saxons sont bel et bien révolus). In fine, ça fait un auditoire qui pour la moitié au moins serait totalement hermétique à un cours magistral sur les Yoga Sutras de Pantajali.
    La conférence hebdomadaire de Sharath est l’occasion pour ses élèves de se retrouver, de le retrouver, dans la joie et la bonne humeur et de partager ensemble cette énergie fantastique de paix qu’on ressent au shala si on sait voir au-delà du who’s who.
    Que Sharath soit malhabile, c’est possible j’en conviens. Que son propos soit simple, voire simpliste et agrémenté de blagues, possible aussi, et je mets cela sur le compte du public large auquel il s’adresse et s’adapte : ce qui semble évident à certains initiés ne l’est pas pour des néophytes. En revanche, dire que ses propos (ou réponses) relèvent d’une ignorance manifeste au sujet des Yoga Sutras de Patanjali, c’est un peu fort, et surtout c’est faux. Sharath est une des rares personnes, peut-être la seule, à qui Pattabhi Jois a transmis l’essence même de son enseignement. Alors jusqu’à ce week-end je ne te connaissais pas Arnaud Kancel, et je tiens au passage à saluer la création de ce blog comme une belle initiative, mais ce que je sais c’est qu’aujourd’hui l’autorité sur l’asthanga (en dehors du microcosme franco-français) c’est Sharath, et quand AG Mohan, qui fut le dernier élève de Krishnamacharya, vient donner une conférence à Mysore en janvier 2011, c’est au côté de Sharath, dans son shala, et par dessus le marché il se permet de lui disputer le monopole de la légèreté dans les réponses.
    Ces conférences hebdomadaires n’ont pas pour objet des discours de spécialistes mais de divulguer, de rappeler, les bases d’un enseignement rendu accessible à tous et que par la suite on peut approfondir avec le temps dans la relation de maître à élève (à ce propos, afin de pallier le nombre croissant d’élèves Sharath a ouvert des stages réservés aux pratiquants avancés ou encore la possibilité de l’assister).
    J’ai entendu beaucoup de mal au sujet du shala et de Sharath avant mon premier voyage à Mysore, au point que j’ai failli changer mes plans, mais par chance j’ai voulu tenter le coup, voir par moi-même, et ça a changé ma vie. J’ai le sentiment qu’en France il y a comme une défiance, une vibe anti-Sharath, anti-shala, complètement à l’opposée de ce que je vois de mes propres yeux chaque hiver, et ça m’attriste car après tout, pourquoi pratiquer le yoga si c’est pour entrer dans des querelles de chapelles ou se croire plus savant que d’autres ? Il est où le contentement là-dedans ? Ne gagnerait-on pas à faire preuve de bienveillance les uns envers les autres ? N’est-ce pas cela-même le propos du yoga, au-delà des branlettes intellectuelles, quand bien même elles seraient passionnantes à lire et à écrire ?
    Ce qui a été écrit plus avant l’a été fait sans mauvaise intention. Suite à ton article je tenais juste à apporter mes lumières du fait de mon expérience, modeste ; je suis du reste ignorant de beaucoup de choses et un bien mauvais apprenti yogi.
    Amicalement,
    Nicolas.

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  2. Nicolas Legrez

    C’est cette même exigence de vérité qui m’anime et m’amène à réagir. L’article initial ayant été modifié j’ai quelques précisions à apporter.
    Sharath n’est nullement complaisant dans son enseignement, loin s’en faut, c’est plutôt l’inverse même. Hors de ses conférences il est dur et intransigeant. Simplicité et complaisance sont deux choses distinctes, et certaines vérités peuvent être formulées en toute simplicité.
    Comme tu le dis toi-même, les enseignants de yoga doivent comprendre ce dont il est question ; j’ajoute qu’il doivent se renseigner, expérimenter par eux-même, et savoir exactement de quoi ils parlent avant de porter des jugements hâtifs.
    Namaste.

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  3. Arnaud K.

    Merci pour cette réaction. Il est essentiel, lorsqu’on parle d’un sujet, de parler… du sujet. Sharat n’est pas visé, ses propos oui.
    Je ne suis pas retourné à Mysore depuis la disparition de Pattabhi Jois, mais j’encourage toujours mes amis et élèves à aller pratiquer avec Sharat, plutôt qu’ailleurs.
    Le Yoga est une voie de libération ; il n’est pas question de savoir qui fait autorité, mais d’écouter ce qui est dit, et d’en saisir le sens.
    Il est possible d’enseigner sur la philosophie du Yoga, quel que soit l’auditoire. Rien ne justifiera des propos erronés, tout le monde peut comprendre, il suffit d’adapter la pédagogie.
    Ce que j’appelle « enseignements complaisants », ce sont les approches philosophiques qui cultivent l’illusion. L’attitude de l’enseignant, c’est autre chose.
    Si vous souhaitez débattre au sujet de cet article, nous pouvons le faire par e-mail ou téléphone, avec plaisir. Mon propos n’est pas d’exprimer de la colère ; c’est une invitation à réfléchir sur le sens de ce qui est dit.

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    1. Nicolas Legrez

      Alors merci pour l’invitation à réfléchir, on ne peut pas être d’accord sur tout de toute manière. J’ai parcouru ton blog qui comme je l’ai écrit plus haut est une belle initiative et certains articles m’ont particulièrement plu ! Et je te rejoins totalement sur l’importance de savoir garder un œil critique… Et je reconnais que concernant Sharath et ses propos, étant son élève, mon point de vue le concernant est forcément biaisé.

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