Vivons !

(ou pourquoi nous sommes totalement irresponsables).

Dans nos société sont très valorisées l’autonomie et la responsabilité. Généralement, même les personnes revendiquant le plus ardemment leur état d’être libre y associent ces qualités. Cette croyance d’être responsable est sans doute le plus important obstacle à la réalisation spirituelle.

Nous avons inventé cette conscience humaine supérieure et évoluante. Il n’y a en réalité qu’une conscience universelle. Qu’elle soit manifestée dans le vent, la pierre, la bactérie ou l’homme, c’est la même conscience qui est à l’œuvre. Le prétexte d’une conscience humaine particulière sert généralement la suprématie de l’homme au détriment des autres espèces vivantes et de notre planète. Ce concept insensé est aussi repris dans la spiritualité new age qui parle sans savoir d’évolution de conscience. Aucun argument ne vient pourtant étayer cette prétention, rien dans l’histoire et le développement de l’humanité ne pourrait laisser croire que la conscience a évolué. Aucune tradition spirituelle n’en parle. Nous sommes des êtres vivants, comme d’autres, véhiculant une part de la conscience universelle.

Nous sommes dans un contexte que nous n’avons pas choisi. Période, endroit du monde, ascendants, relations, aspect physique, nous ont été fournis par l’existant. De fait, nos décisions ne sont jamais libres, reposant sur ce passé et ce contexte imposés.

Un loup peut sembler autonome dans sa forêt. Son autonomie serait différente dans un zoo ou dans une autre forêt. Ses décisions seraient différentes, et globalement régies par le lien à un passé. Nous pouvons donner notre avis sur la politique, et choisir pour qui voter. Nous n’avons pas choisi la constitution, ni les partis politiques, ni les candidats. Nous faisons avec. Et c’est toujours ainsi, dans tous les aspects de notre vie. Nous choisissons à partir d’une situation non choisie.

Concrètement, nous devons cesser de vivre avec des attentes reposant sur des représentations fausses et des idéaux inaccessibles. Nous avons tous des qualités et des défauts estimés comme tels dans notre cadre de vie. À un autre endroit ou un autre moment, on en jugerait différemment. La vision des qualités et des défauts chez soi ou chez l’autre est pure projection. C’est de l’adéquation avec la convention sociale et le type de relation du moment dont il est question, et non de valeurs humanistes ou universelles absolues.

Imaginez la vie des poissons. Des micro-organismes. Des minéraux. Qui regarde ce qu’ils font ? Qui juge de leurs actes ? Vivons ! Comme tout être, vivons ! Ni Dieu, ni l’Univers ne nous surveillent. C’est ce que nous enseignent les traditions spirituelles orientales. Quand Dieu s’adresse à l’homme, il lui enseigne le détachement vis-à-vis de ses actes, quels que soient ses actes, y compris le meurtre. Dieu ne nous demande jamais de devenir une personne meilleure, ce « meilleur » étant absolument relatif. Contrairement à une superstition moderne très répandue, nos actes n’ont aucune incidence cosmique particulière. Dans le monde spirituel, peu importent les conséquences de nos actes. C’est le rapport conscient à nos actes et à leur conséquence, qui importe.

Alors vivons ! Dans l’ici et maintenant, il n’y a pas de mieux. Il n’y a pas de bien, ni de mal.

« On » nous a inculqué un sentiment de perpétuelle imperfection, largement repris par une spiritualité moderne profondément culpabilisatrice. Nous pensons devoir lâcher prise sur nos défauts, qui sont peut-être l’expression de notre rébellion face à une société enfermante. Le lâcher-prise n’est pas un comportement à adopter dans le monde, mais un état à vivre face à tous les aspects de l’existence. Quand je suis triste, je pleure, quand je suis gai, je ris. C’est la simplicité du koan, l’enseignement pur, dénué de toute projection. Attention, aucun possibilité de changement en soi n’est réfutée ! C’est ce sur quoi repose ce changement qui en fait un acte libre ou une obligation. Répondons nous à une injonction de la société, ou agissons nous en résonance avec notre vraie nature ? A l’injonction nous ne devons pas répondre, puisque nous ne sommes pas responsables. Observons. Et vivons !

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