Vol au-dessus d’un nid de rats

Nidrâ est un terme sanskrit généralement traduit par « sommeil », que l’on trouve notamment dans les Yoga sutras de Patanjali. Tout comme l’Ashtanga Yoga, ce terme utilisé par Patanjali désigne aussi une technique, le Yoga Nidrâ.

Chez Patanjali, nidrâ désigne l’un des cinq vrittis, fluctuations du mental (sutra I-6).  Les autres vrittis sont traduits par : la pensée juste (vérité), la pensée fausse (l’erreur), l’imagination et le souvenir. Nidrâ est tantôt traduit par « sommeil sans rêves », tantôt par « sommeil avec rêves ». Si chaque vritti mérite sans doute réflexion et développement, ce dernier est particulièrement intriguant. En quoi le sommeil est il un mouvement du mental ? Certes le mental fonctionne différemment quand nous dormons, mais en quoi serait-ce un frein à l’éveil spirituel ?  Tous les autres vrittis participent de l’état de veille, que fait là ce sommeil ? Est-il donc sans ou avec rêves ?

Patanjali ne nous parle pas du sommeil. Il nous parle de léthargie. De léthargie mentale. Quand la spiritualité indienne nous dit que le monde est une illusion, quel sens cela a-t-il ? Le monde est bien réel. L’illusion, c’est la croyance. Et notamment la croyance spirituelle.

Plusieurs mythes indiens parlent de cela : le monde social, celui que nous imposent les dirigeants politiques, nous maintient dans une véritable léthargie mentale. Nous pensons avoir notre libre arbitre, alors que nous ne pouvons que jouer de diverses façons avec les pièces d’un même puzzle, que nous n’avons pas choisi. Même être contre, même refuser de jouer, restent des positionnements relatifs à ce puzzle qui nous est imposé. Sortir de la léthargie mentale, ce n’est pas jouer différemment, mais découvrir qu’il existe d’autres puzzles, et d’autres jeux.

La réalisation spirituelle qu’on nomme « éveil », s’oppose à l’état de Nidrâ tel que cité par Patanjali. Notre compréhension est anesthésiée, endormie. C’est pourquoi il nous faut des pratiques et des enseignants, pour nous (r)éveiller.

Une réflexion au sujet de « Vol au-dessus d’un nid de rats »

  1. Jean-Luc Gautier

    Le rat est un animal nocturne alors que le coucou est diurne. L’état de léthargie, sommeil, est à rapprocher de l’illusion, on vit comme dans un rêve, et donc il s’agit du plus puissant mouvement du mental puisqu’on baigne tous dedans. Le jour et la nuit sont inversé dans la description qui nous en est proposée, car ce que l’on applique à l’un concerne l’autre et réciproquement.
    L’éveil, consistant à sortir de l’illusion, se situerait donc dans la réalité non apparente des choses puisque nous rêvons tout le temps (jour et nuit). Il nécessite la pratique des autres vrittis pour démêler ce qui ne tient malheureusement pas sur les doigts d’une main, car cette réalité invisible est masqué par l’apparence des choses. Nombreux coucous pourront témoigner qu’on risque de finir à l’asile avant d’avoir trouvé la solution…

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *